Assis sur son arrière-train, Ivoire exécute à distance et à contrecoeur l'ordre - «Pas bouger !» -
que lui donne le dresseur. Pas une seule fois le chien ne l'a regardé.
Mais, les yeux ailleurs, il a amorcé quelques grognements pour bien
montrer qu'il n'a pas envie d'obéir. C'est là que tout se joue. Si l'on
cède à cette désapprobation canine, les dix à quinze années suivantes
peuvent virer au cauchemar. Les attaques récentes (dont une mortelle)
de chiens dits méchants le prouvent et relancent le débat. Comment
éviter ces drames ?
Retour sur un scénario classique. L'adorable boule de poils arrive
dans la maison, et toute la famille craque. Très vite, l'animal va tout
tenter pour vous tester et voir jusqu'où il peut aller. Et les
problèmes commencent. Henri-Michel Gorse, éducateur depuis plus de
vingt ans, le constate avec effroi : «Les maîtres sont de plus en
plus irresponsables. Ils laissent faire n'importe quoi à leurs chiens
et baissent les bras à la moindre occasion.» Même bilan qu'avec les
enfants ? La comparaison est vite faite. Démobilisation, manque
d'autorité, abandon des règles les plus élémentaires. L'animal fait la
loi et peut finir par montrer les crocs, voire par s'en servir dès
qu'on le contrarie. Et lorsqu'il pèse entre 40 et 80 kilos, ou mesure
près de un mètre au garrot, il n'est pas facile de l'arrêter. «Les propriétaires n'ont pas compris que le chien est un chien, ils lui prêtent des sentiments humains», déplore Hervé Blondel, à la tête d'un club d'éducation canine, tout aussi atterré.
Avec la formation obligatoire pour les propriétaires de chiens
dangereux, l'une des nouvelles mesures proposées par la ministre de
l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, on fait un petit pas en avant.
«Mais ce sont les races dont on parle en ce moment qui vont être
concernées. Autrefois, c'était le berger allemand, maintenant, c'est le
rottweiler et le staffordshire terrier. Or, il n'y a pas de race
méchante. Tous les chiens sont potentiellement dangereux dès lors
qu'ils ne sont pas éduqués. Il faudrait un permis de détention avec, à
la fin, des questions-réponses, comme pour le permis de conduire»,
propose Henri-Michel Gorse. En Suisse, les cours théoriques pour les
nouveaux propriétaires de chiens (toutes races confondues) sont
obligatoires. «On y apprend plein de choses qu'on ignorait»,
reconnaît une «élève». Dont une évidence, l'animal doit Obéir :
répondre aux ordres sans broncher, s'asseoir ou se coucher à la
demande, revenir lorsqu'on l'appelle, marcher au pied sans tirer sur sa
laisse (voire sans laisse), ne pas voler la nourriture, accepter qu'on
lui enlève sa gamelle, dormir à SA place, ne pas monopoliser le canapé,
bref, accepter d'être traité comme un chien, sans jeu de mots. Pour
cela, il faut commencer dès qu'il a 3 mois : élever le ton, dire NON
plusieurs fois par jour, l'attraper fermement par le col, le secouer
comme l'aurait fait sa mère. Le descendre du canapé, une fois, deux
fois, trois fois... Malheureusement, «si, dans la rue, je donne de
petites secousses sur le collier étrangleur pour faire comprendre au
chien qu'il ne doit pas tirer sur sa laisse, je me fais insulter pour
brutalité», nous confie Henri-Michel Gorse. Il ne faut pas
traumatiser ces pauvres petites bêtes. Résultat, l'on voit certains
chiens sur les genoux de leur maîtresse alors qu'elle est à table, sous
les draps entre monsieur et madame (ou, pire, dans le lit des enfants)
ou encore être baladé en poussette (pour ne pas les fatiguer ?) - il
paraît que c'est à la mode. Marcherait-on sur la tête ? Doit-on
contraindre les propriétaires à faire dresser leur bête ? En attendant
des mesures extrêmes, les spécialistes sont là pour vous aider. Entre
les cours collectifs dispensés par les clubs (de 150 à 300 euros par
an) et la pension-éducation où l'on laisse l'animal de quinze jours à
un mois (de 500 à 1 000 euros), on préférera la formule à domicile,
beaucoup plus efficace. Le dresseur professionnel doit être détenteur
d'un certificat de capacité délivré par la préfecture. Il corrige les
erreurs de Médor et de toute la famille. Le maître, présent, peut
prendre le relais, et le chien, dans son environnement, ne recommence
pas les bêtises dès que le dresseur a le dos tourné. Le forfait de 10
séances pour un mois coûte entre 500 et 1 000 euros. Le prix à payer
pour avoir la paix et ne pas faire un jour la une des journaux.
Source: Le Figaro